Statistiques & politique

Statistiques du chômage

Les chiffres du chômage ne parlent pas seuls : définitions, numérateur, dénominateur et règles administratives sont déterminants.

Article historique : ce texte est fondé sur un ancien article de Klein-Singen.de. Il documente les débats et les données disponibles à l’époque et n’a pas été réécrit silencieusement comme s’il décrivait la situation actuelle.

Pour discuter sérieusement — et mathématiquement correctement — des statistiques du chômage, il faut d’abord définir les notions employées : chômeur, chômage et taux de chômage.

« Est chômeur quiconque n’a pas de travail » est une définition séduisante, mais naïve. Que signifie exactement « ne pas avoir de travail » dans la pratique statistique ? Faut-il compter une personne qui souhaiterait travailler mais qui a cessé de s’inscrire parce qu’elle juge ses chances sans espoir ? Qu’en est-il des personnes participant à des formations, en préretraite, dans des mesures d’emploi financées par l’État ou dans d’autres programmes ?

Le problème central est que le nombre officiel de chômeurs peut changer fortement lorsque la définition change. En janvier 2005, par exemple, les réformes Hartz IV ont modifié le cadre de comptage en Allemagne. Des centaines de milliers de personnes qui recevaient auparavant l’aide sociale ont alors été traitées différemment parce qu’elles étaient considérées comme aptes au travail. Cela a fait augmenter le total officiel. Dans le même temps, d’autres personnes ont disparu de la statistique parce que le nouveau cadre juridique modifiait leurs droits.

La signification politique est évidente : une forte rupture dans une série chronologique publiée peut refléter non seulement un changement réel du marché du travail, mais aussi une modification de ce que l’on compte.

Il n’existe pas un seul chiffre « vrai » du chômage

L’article d’origine soulignait une déclaration faite en 2005 par Gerd Andres, alors secrétaire d’État parlementaire au ministère fédéral allemand de l’Économie et du Travail : il n’existe pas un seul nombre « vrai » de chômeurs. Ce n’est pas une excuse pour des statistiques arbitraires. C’est un rappel qu’une catégorie statistique est définie par des critères explicites.

Des concepts différents peuvent produire des totaux différents. Le chômage enregistré est un concept. Des notions plus larges peuvent inclure des personnes dans des programmes du marché du travail, des travailleurs découragés ou d’autres formes de chômage caché. Une définition très large peut donc produire une valeur nettement supérieure au total officiellement enregistré.

Le taux de chômage ajoute encore une définition

Le taux de chômage est généralement calculé comme un quotient :

nombre de chômeurs / nombre de personnes actives civiles

Mais le numérateur comme le dénominateur nécessitent des définitions. Qui appartient à la population active civile ? À quel âge une personne en sort-elle ? Comment traite-t-on la préretraite ? Que se passe-t-il lorsque l’âge légal de la retraite change ? Comment sont classées les personnes en formation ou dans des mesures financées par l’État ?

Un gouvernement peut influencer le taux publié sans falsifier littéralement les données. Il peut modifier les règles d’éligibilité, la structure des programmes ou le traitement statistique de certains groupes. C’est pourquoi les comparaisons dans le temps doivent rechercher les ruptures méthodologiques.

Ce qu’exige une bonne lecture statistique

  • Lire la définition exacte utilisée par l’autorité statistique.
  • Vérifier si la définition a changé pendant la période comparée.
  • Distinguer le chômage enregistré de notions plus larges comme le sous-emploi ou le chômage caché.
  • Examiner le numérateur et le dénominateur d’un taux.
  • Se méfier des affirmations politiques qui présentent un seul indicateur sélectionné comme la réalité complète du marché du travail.

La leçon générale reste actuelle même lorsque les chiffres historiques ne le sont plus : une statistique ne parle pas indépendamment de sa définition.